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Cesse d'aimer le siècle et ses fausses maximes, Quitte un bien passager pour un bien éternel, Et, t'offrant à ton Dieu par un voeu solennel, Brûle du feu sacré qui brûle ses victimes.
Ne livre plus ton âme à l'horreur de tes crimes, Dépouille le vieil homme et son esprit charnel, Et, fuyant les plaisirs du monde criminel, Défend même à tes sens les plaisirs légitimes.
Lasse-toi d'inviter la colère des cieux, Cours à la pénitence et viens dans ces saints lieux Où les coeurs n'ont que Dieu pour objet de leur flamme.
Mais n'attends pas de toi ces généreux efforts; Si Dieu ne rend ton corps esclave de ton âme, Ton âme est pour jamais esclave de ton corps
Gomberville (1600-1674)
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POEMES CHRETIENS
Quelques célèbres poèmes Chrétiens compilés pour vous par l'équipe de Sununet Inc |
Mon Dieu ! quelle guerre cruelle ! Je trouve deux hommes en moi : L'un veut que, plein d'amour pour toi, Mon coeur te soit toujours fidèle ; L'autre, à tes volontés rebelle, Me révolte contre ta loi.
L'un, tout esprit et tout céleste, Veut qu'au ciel sans cesse attaché, Et des biens éternels touché, Je compte pour rien tout le reste ; Et l'autre, par son poids funeste, Me tient vers la terre penché.
Hélas ! en guerre avec moi-même Où pourrai-je trouver la paix ? Je veux, et n'accomplis jamais, Je veux, mais (ô misère extrême !) Je ne fais pas le bien que j'aime Et je fais le mal que je hais !
0 grâce, rayon salutaire ! Viens me mettre avec moi d'accord, Et, domptant par un doux effort Cet homme qui t'est si contraire, Fais ton esclave volontaire De cet esclave de la mort.
Jean Racine (1639-1699) Deuxième des "Cantiques spirituels", "Épître de saint Paul aux Romains", chap. VII.
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Espère, enfant ! demain ! et puis demain encore ! Et puis toujours demain ! Croyons dans l'avenir. Espère ! et chaque fois que se lève l'aurore, Soyons là pour prier Dieu, comme pour bénir !
Nos fautes, pauvres anges, ont causé nos souffrances. Peut-être qu'en restant bien longtemps à genoux, Quand Il aura béni toutes les innocences, Puis tous les repentirs, Dieu finira par nous.
Victor Hugo |


J'avais devant les yeux les ténèbres. L'abîme, Qui n'a pas de rivage et qui n'a pas de cime, Etait là, morne, immense ; et rien n'y remuait. Je me sentais perdu dans l'infini muet. Au fond, à travers l'ombre, impénétrable voile, On apercevait Dieu comme une sombre étoile. Je m'écriais : - Mon âme, ô mon âme ! il faudrait, Pour traverser ce gouffre où nul bord n'apparaît, Et pour qu'en cette nuit jusqu'à ton Dieu tu marches, Bâtir un pont géant sur des milliers d'arches. Qui le pourra jamais ? Personne ! O deuil ! effroi ! Pleure ! - Un fantôme blanc se dressa devant moi Pendant que je jetai sur l'ombre un il d'alarme, Et ce fantôme avait la forme d'une larme ; C'était un front de vierge avec des mains d'enfant ; Il ressemblait au lys que la blancheur défend ; Ses mains en se joignant faisaient de la lumière. Il me montra l'abîme où va toute poussière, Si profond que jamais un écho n'y répond, Et me dit : - Si tu veux, je bâtirai le pont. - Vers ce pâle inconnu je levai ma paupière. - Quel est ton nom ? lui dis-je. Il me dit : - La prière.
Victor Hugo, Les Contemplations
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Un jour au chemin de la vie J'arrêtai mon pas incertain, Regardant la route suivie Et l'horizon déjà lointain.
Je dis : Sans souci de ma voie Puis-je marcher encor longtemps, Quand Dieu permet que j'entrevoie L'obstacle où l'on heurte à vingt ans ?
Pauvre enfant, qui tremble et qui doute, Rien qu'à pressentir les ravins, Puis-je faire autrement la route Que porté dans les bras divins ?
* * *
Or, en entrant au monastère, Je me disais : Dorénavant Je n'aurai plus d'ami que Dieu sur cette terre, Et plus d'autre douceur que cette paix austère, Fleur pâle qu'on effeuille à l'ombre d'un couvent !
Enfant, car j'ignorais encore Que dans ce parterre abrité Les fleurs du ciel viennent éclore Au soleil de la charité ; Que leur calice s'y colore De rose, de pourpre et d'azur ; Et que ces fleurs du monastère, Pour éclore dans le mystère, Sous leur éclat plus doux n'ont qu'un parfum plus pur.
Enfant, car j'ignorais qu'au plus amer breuvage Dieu sait toujours mêler bien des gouttes de miel Et que le cur des saints est le plus bel ouvrage De Celui qui d'un mot fit la voûte du ciel
Joseph Boubée, S.J.
In "Le Messager du Coeur de Jésus", Septembre 1900
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Pour me donner à Vous quels mots sauraient Vous plaire ? Ils se dérobent tous ou demeurent obscurs, Timides et transis, hélas ! encore impurs D'avoir frôlé jadis les baisers de la terre.
Nul ne pourrait enclore ainsi qu'un reliquaire Mon amour, ô Seigneur ! si fragile pourtant, Et j'ai vu le plus doux même et le plus chantant, Le plus profond mourir devant votre Mystère.
C'est pourquoi me voici, très pauvre, devant Vous, Balbutiant encore et cependant jaloux, O Verbe ! d'être un peu l'humble écho de Vous-même...
Et je sens dans mon cur monter comme la mer Plus tendre et plus puissant que les mots de la Chair, Un silence divin qui prie et qui Vous aime.
Charles Grolleau
L'Encens et la Myrrhe.
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Lumière pour l'homme aujourd'hui qui viens depuis que sur la terre il est un pauvre qui t'espère, atteins jusqu'à l'aveugle en moi : touche mes yeux afin qu'ils voient de quel amour tu me poursuis. Comment savoir d'où vient le jour si je ne reconnais ma nuit ?
Parole de Dieu dans ma chair qui dis le monde et son histoire afin que l'homme puisse croire, suscite une réponse en moi : ouvre ma bouche à cette voix qui retentit dans le désert. Comment savoir quel mot tu dis si je ne tiens mon coeur ouvert ?
Semence éternelle en mon corps vivante en moi plus que moi-même depuis le temps de mon baptême, féconde mes terrains nouveaux : germe dans l'ombre de mes os car je ne suis que cendre encore. Comment savoir quelle est ta vie si je n'accepte pas ma mort ?
Didier Rimaud, "Les arbres dans la mer", Paris, Desclée, 1975
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Possesseur d'un petit écu, Mon enfant se croyait le plus riche du monde. Le voilà qui fait voir son trésor à la ronde, En criant gaiement : j'ai bien lu ! - A merveille, lui dit un sage ; C'est le prix du savoir que vous avez reçu, Du savoir tel qu'on peut le montrer à votre âge ; Mais voulez-vous encore être heureux davantage ? Aspirez, mon enfant, au prix de la vertu ; Vous l'aurez quand des biens vous saurez faire usage. L'enfant entendit ce langage : L'écu, d'après son cur et sensible et bien né, A rapporter le double est soudain destiné : Avec le pauvre il le partage.
Aubert (XIX° siècle)
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Quand tu montres à mes yeux un reflet de ta Face, O Principe divin, Eternel Existant, Tout autre souvenir de mon esprit s'efface, Et dans mon coeur lassé ton pur amour remplace Les amours d'ici-bas que dissipe le temps.
Oubliant le passé, ses larmes et ses fanges, Plongeant tout l'avenir en son obscurité, Mon âme aime à mêler ses muettes louanges Aux cantiques sacrés que font monter les anges Vers le trône brillant de la Divinité.
D'une vie incréée alors je me sens vivre, La paix du Ciel descend sur mes sens endormis, De lumière et d'amour tout mon être s'enivre, Et les chastes transports auxquels mon cur se livre Ne trouvent plus d'obstacles en mon esprit soumis.
Je me baigne ravie en la divine Essence, Comme aux flots transparents d'un océan sans fin; J'abîme mon néant dans la Toute-Puissance, Je prends dans l'Infini la très pure substance Dont mon âme a toujours une nouvelle faim.
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Près de vous, ô clartés, délices ineffables, Les terrestres plaisirs ne sont que des douleurs. Je possède en Dieu seul tous les biens désirables; Souffrances et mépris me paraissent aimables Quand je bois au torrent des célestes douceurs.
Louise-Marguerite Claret de la Touche, juin 1897
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